Théorie de l'état


L'État était et demeure considéré comme le détenteur légitime du pouvoir – une conception qui remonte à la pensée absolutiste (Machiavel 1513, Bodei 1576, Hobbes 1651). Selon cette conception, l'État, quel que soit son mode de gouvernement, est préférable à la guerre et au chaos. Le concept de domination de Max Weber établit un lien historique entre cette conception de l'État et la situation actuelle. Pour Weber, la domination existe lorsque les gouvernés se soumettent à un ordre de manière disciplinée (Weber 1921/1980, p. 28, 29, 122, 123) ; la domination apparaît ainsi comme généralement légitime. Mais surtout, l'État est toujours considéré comme une institution de pouvoir, comme l'illustre la théorie tripartite de l'État de Georg Jellinek, qui le définit comme une unité composée du territoire (territoire délimité), du peuple (la population qui le compose) et du pouvoir (pouvoir souverain et effectif de gouverner) (Jellinek 1900).


D'un point de vue de théorie civile, cette conception de l'État est relativisée : si le monopole de la force est une condition nécessaire à un État moderne (une condition que même l'administration Trump, pourtant favorable au lobby des armes, commence à intégrer), il existe aussi des formes de pouvoir étatique illégitimes, comme la tyrannie exercée sans le consentement de la population et en violation de tous les droits humains. Par ailleurs, les États peuvent fonctionner non seulement comme des organisations verticales du pouvoir, mais aussi par la négociation – un modèle de coordination horizontale qui a conduit Fritz Scharpf (1993, 2000) à développer le concept d'État négociateur. Cependant, l'État constitutionnel moderne se coordonne avant tout de manière bidimensionnelle, encadré par le droit constitutionnel et procédural applicable. Lorsqu'il agit par le biais de politiques publiques concrètes, son action devient multidimensionnelle.


Cela signifie que le concept d'État (du latin status : statut, condition, position) ne peut plus se réduire à la seule notion de domination. Cette critique de la conception encore imprégnée d'absolutisme de l'État – voir, par exemple, la revendication de souveraineté absolue de la Chine face à toute critique des violations des droits de l'homme ou l'unilatéralisme psychopathique de Donald Trump – reflète en définitive un fait indéniable : à ce jour, il n'existe pas d'État spatialement global sur Terre ; ce sont plutôt les États-nations, les coalitions entre eux et les entités gouvernementales infranationales qui opèrent au sein d'un système international de revendications et de formes de légitimité concurrentes. Aucun État n'est donc absolument souverain ; l'action publique pour le bien de l'humanité requiert nécessairement une volonté et une capacité de coopération.


Quiconque utilise encore le concept d'État au sens de pouvoir absolu n'a donc soit pas suffisamment approfondi la question, soit ment délibérément à son auditoire. Surtout, cela entrave un apprentissage politique pourtant indispensable.


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L’État comme organisation de la règle ? Dans : Théories spéciales de la civilité (BZT 2026), p. 21-23